L'humanité, ce sont également les peuples de chasseurs-cueilleurs...


La révolution néolithique... Schémas tirés du roman de Daniel Quinn, Ishmael, Ed J'ai lu.

Selon Daniel Quinn, Caïn pourrait être le nom repris par la Bible donné aux peuples d'agriculteurs (laboureurs) ayant assassiné Abel, nom donné aux représentants des peuples de pasteurs exterminés. Les descendants de Caïn continuent maintenant depuis plus de 10.000 ans de tuer encore Abel en la personne des peuples de chasseurs-cueilleurs survivants. Parmi ces derniers, les Indiens Yanomani en Amazonie, les Andamanais sur les îles Andaman gouvernées par l'Inde ou les Papous colonisés par l'Indonésie sont parmi les victimes actuelles: "L’armée indonésienne « tue, viole, torture les Papous en toute impunité depuis près de cinquante ans. La communauté internationale ne peut pas rester silencieuse et permettre que de telles atrocités se poursuivent » (Stephen Corry, directeur de Survival International, octobre 2010)

 

Les peuples de chasseurs-cueilleurs, partie intégrante de notre espèce

Aborigènes d'Australie
Aborigènes d'Australie

 

Par Michel AYMERICH

Comment aujourd'hui peut-on encore trouver un avocat de la natalité sans frein de l'humanité?

 Ne serait-ce pas là un cynique qui oserait argumenter, consciemment ou non, en faveur de la poursuite de cette croissance démographique sans fin qui encourage un double crime, génocidaire envers la partie de l’humanité qu'on pourrait qualifier avec Daniel Quinn de « Ceux-qui-laissent », comme trop fréquemment envers une partie de « Ceux-qui-prennent », et toujours intolérablement spéciste?

 Nous sommes confrontés à une crise majeure que résument le réchauffement climatique, la raréfaction tendancielle des ressources, l'extinction massive des espèces, les guerres, la malnutrition qui frappe des centaines de millions d'humains, les crises économiques successives, la division de l'humanité selon des critères religieux, etc.

 Certes d'autres facteurs que la surnatalité et la surpopulation qui nous atteint expliquent la situation critique à laquelle nous sommes confrontés, tels que la répartition inégalitaire et injuste qu'induit un mode de production largement aveugle, bien trop axé sur la recherche du profit, au détriment de la recherche et de la mise en place de solutions aux problèmes auxquels l'humanité doit faire face…

 Mais ces autres facteurs expliquent cette crise majeure de manière non pas opposée, mais plutôt complémentaire, et surtout résultant largement de ce facteur qu'est la surnatalité, laquelle a conduit à la surpopulation actuelle qui menace d'empirer gravement !

 

Un postulat mutilant!

 Ceci étant posé, je tiens à souligner un aspect largement ignoré de la question.

 J’observe, en effet, qu’une erreur est fréquemment commise par de nombreuses personnes qui lorsqu'elles abordent la question de la surnatalité partent d’un postulat mutilant sérieusement le diagnostic et compliquant gravement la recherche de solutions, car contribuant à créer l'illusion d'une évolution inhérente à la biologie de notre espèce. « L’humanité », selon ces personnes, ce sont les grandes nations agricoles et industrielles, celles disposant d’un État (police, armée, impôts, administration des citoyens ou sujets…) et qui sont aussi représentées à l’ONU. Celles issues d’une histoire particulière qui participe de ce qu’on appelle si gentiment « l’aventure humaine ».

 C’est oublier, surtout lorsqu’on se réfère à la notion d’espèce, qu’il existe d’autres femmes et hommes, d’autres peuples, lesquels ne sont pas les exclus de la prétendue aventure humaine, mais les sujets d’une histoire différente, non pas multi-millénaire, mais plongeant ses racines dans des millions d’années d’évolution et de co-évolution au sein de la communauté des vivants, c'est-à-dire au sein de la communauté des terriens qui ne peut être que l’ensemble des espèces!

 

Se souvient-on encore des Noubas de Kau?

 Je fais allusion aux centaines de peuples de « chasseurs-cueilleurs » ou cueilleurs-chasseurs et pêcheurs aussi. Depuis 20.000 ans, et ce jusqu’à aujourd’hui, un grand nombre de ces peuples, majoritaires par leur nombre rapporté non à la somme des individus qui les composent mais à leur nombre au sein de l'humanité, ont été exterminés et continuent de l’être aujourd’hui, bien que de manière plus « civilisée », comme par ex. par le moyen de l'assimilation forcée. Les Noubas de Kau en sont un exemple moderne. Se souvient-on encore des Noubas de Kau ? Or ces peuples parlant leurs langues, ayant leurs coutumes, n’ont jamais été très nombreux en nombre d’individus. D'ailleurs les représentants de ces peuples ne semblent pas globalement avoir jamais atteint un nombre tel qu’il aurait pu déséquilibrer définitivement l’équilibre dynamique existant au sein de la communauté des êtres vivants. Ce sont nos peuples et nos cultures anthropocentriques construites sur l’exploitation de la Nature et par conséquent sur l'exploitation d'hommes par d'autres qui les ont détruits et continuent de les détruire. Des cultures anthropocentriques, caractérisées par l’état de GUERRE permanent contre la Nature.

 Sur Wikipédia, ont peut lire ces phrases pertinentes : « Les modes sociaux des chasseurs-cueilleurs se heurtent violemment depuis l'invention de l'agriculture, il y a 10 000 ans, aux sociétés pastorales ou agricoles. Perçus comme des parasites, ils disparaissent la plupart du temps ou sont refoulés sur des terres ingrates. La colonisation et l'industrialisation poursuivent ce processus. »

 

Notre accroissement démographique se réalise contre les chasseurs-cueilleurs, les animaux sauvages et les écosystèmes

 Au nom de quoi ? Au nom de quelle pseudo-morale, nous sommes nous - nous les représentants des conquérants, des annihilateurs de toute vie concurrente - arrogés le droit de devenir plusieurs centaines de millions d’habitants sur terre pour atteindre aujourd’hui plus de 7 milliards d’individus ? Une réalité qui se traduit au détriment des peuples vivant sans excès, au détriment de dizaines et dizaines de milliers d’espèces animales et végétales, au détriment de la Nature et donc de nous-mêmes aussi qui oublions si facilement que nous sommes des êtres organiques, des animaux comme les autres, plus précisément des primates, plus particulièrement des Hominidés aux côtés des bonobos, des chimpanzés, des gorilles, des orangs-outans...

 Claude Lévi-Strauss écrivait ces phrases d’une grande lucidité : "C'est maintenant [...] qu'exposant les tares d'un humanisme décidément incapable de fonder chez l'homme l'exercice de la vertu, la pensée de Rousseau peut nous aider à rejeter l'illusion dont nous sommes, hélas ! en mesure d'observer en nous-mêmes les funestes effets. Car n'est-ce pas le mythe de la dignité exclusive de la nature humaine qui a fait essuyer à la nature elle-même une première mutilation, dont devaient inévitablement s'ensuivre d'autres mutilations? On a commencé par couper l'homme de la nature, et par le constituer en règne souverain; on a cru ainsi effacer son caractère le plus irrécusable, à savoir qu'il est d'abord un être vivant. Et, en restant aveugle à cette propriété commune, on a donné champ libre à tous les abus. Jamais mieux qu'au terme des quatre siècles de son histoire l'homme occidental ne put-il comprendre qu'en s'arrogeant le droit de séparer radicalement l'humanité de l'animalité, en accordant à l'une tout ce qu'il retirait à l'autre, il ouvrait un cycle maudit, et que la même frontière, constamment reculée, servirait à écarter des hommes d'autres hommes, et à revendiquer au profit de minorités toujours plus restreintes le privilège d'un humanisme corrompu aussitôt né pour avoir emprunté à l'amour propre son principe et sa notion." (Claude Lévi-Strauss, Anthropologie structurale, Deux, Paris, Plon, 1973, p. 53.)

 Alors, vraiment, quel avocat de la natalité sans frein, quel cynique peut encore oser argumenter en faveur de la poursuite du double crime, fondamentalement raciste envers la partie la plus fragile de l’humanité, « Ceux-qui-laissent », garante à bien des égards de la préservation des espèces et des écosystèmes, et spéciste envers les autres espèces ?

 La question est maintenant de savoir comment assurer la nécessaire dénatalité en respectant les droits humains ? Une réponse, parmi d’autres, serait d’assurer un minimum vital à chaque humain sur terre, ce qui délivrerait beaucoup de la nécessité d’avoir trop enfants afin d'assurer leurs vieux jours. Parallèlement, il s’agit d’informer et de lutter contre les idéologies natalistes criminelles et nous orienter vers un but: atteindre un nombre d'habitants sur terre conciliable avec la vie des autres espèces dans un cadre de restauration de nombreux habitats et écosystèmes actuellement ravagés...

 

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Commentaires : 1
  • #1

    Didier Barthès (jeudi, 29 août 2013 21:40)

    Bonjour,
    N'hésitez pas à venir évoquer tous ces sujets avec l'association Démographie Responsable. Nous nous sommes fixés justement pour objectif d'intégrer la question démographique à l'ensemble des débats sur la protection de la nature. Bien cordialement