jeu.

05

mars

2015

Le  Singe magot ou Macaque de "Barbarie"!

Singes magot dans les forêts de Cèdres près d'Azrou au Maroc  ©Michel AYMERICH
Singes magot dans les forêts de Cèdres près d'Azrou au Maroc ©Michel AYMERICH

Le Singe magot ou Macaque berbère (Macaca sylvanus), seul macaque encore présent en Afrique et en Europe...

 

Par Michel Aymerich

Le Magot est avec l'Homme le seul représentant de l'ordre des Primates demeurant au Nord du Sahara et en Europe dans l'extrême Sud de l'Espagne, plus exactement en territoire d'outre-mer de la Grande Bretagne sur le Rocher de Gibraltar. Mais il est le seul représentant des macaques vivant encore sur le continent africain, lesquels y avaient fait leur apparition il y a environ 5,5 millions d'années (7 millions selon d'autres auteurs). Appartenant à la famille des Cercopithecidae, le Magot qui est l'espèce dont la queue est la plus courte parmi les macaques (elle n'est représentée que par un simple tubercule) est génétiquement proche des babouins présents en Afrique sub-saharienne. La famille des Cercopithecidae comprend, en effet, les cercopithèques, les cynocéphales et les macaques.

La désertification de l'Afrique du nord et l'apparition consécutive du Sahara ont contribué à isoler les macaques des autres Cercopithecidae d'Afrique qui se sont ensuite dispersés sur une grande partie du continent et des îles de l'Asie du sud et du sud-est. Aujourd'hui, sur les 21espèces de macaques, seul le Macaque berbère ou Singe magot vit encore sur les continents africain et européen. Toutes les autres espèces de macaques habitent le continent asiatique. Le Singe Magot existerait en Europe depuis environ un million d'années. Le Macacus tolosanus, dont des débris fossiles ont été trouvés dans des cavernes pléistocènes des Pyrénées, serait très proche du Macaca sylvanus de Gibraltar.

En Europe...

L'espèce vit encore à l'état sauvage sur le Rocher de Gibraltar, formant une petite colonie protégée par les officiers de la garnison anglaise. On pensait dans un passé récent que la colonie descendait d'une douzaine d'individus importés d'Afrique du Nord au cours de la Seconde Guerre mondiale, mais on a dû réviser cette opinion à la lumière des découvertes récentes. L'analyse génétique indiquerait, en effet, une origine double des magots de Gibraltar. Deux souches distinctes, l'une apparentée aux magots d'Algérie, l'autre à ceux du Maroc, y sont présentes. Par ailleurs, l'étude génétique des populations montre que les deux souches, marocaine et algérienne, se sont séparées voici déjà 1,6 million d'années environ. Les populations du Rif sembleraient avoir été secondairement réintroduites à partir d'une souche algérienne. Tout ceci pourrait suggérer une présence ancienne sur le Rocher de Gibraltar. Toutefois, cette population a sans doute été renforcée par des apports d'Afrique du Nord...

En Afrique du Nord...

Au Maroc, le Magot habite principalement les forêts de cèdres du Moyen-Atlas, mais on le rencontre également dans le Rif et le Haut Atlas. On le trouve aussi en Algérie dans les gorges de la Chiffa, dans le Djurjura et dans les forêts près de Bejaia, en Grande et Petite Kabylie. Il existe occasionnellement en France où après avoir été exporté bébé illégalement du Maroc il finit une fois devenu adulte « lâché » en forêt !

«  Au Maroc, en 1977, l'essentiel de la population se concentrait dans le Moyen Atlas, représentant 65 % de la population totale (soit 14 000 individus maximum) à l'époque. Les poches relictuelles du Rif et du Haut Atlas n'abritait à cette époque déjà plus que 12 % des macaques berbères sauvages (soit 2 600 individus maximum). On les estimait, autrefois, à plusieurs centaines de milliers.

Une étude plus récente (mais moins précise et systématique) de 2005 estime le nombre de Macaques berbères survivants à 10 000 individus, soit une régression de plus de 50 % en moins de trente ans (l'estimation dépassait les 22 000 en 1977). Une autre de 2007 dans la région de Djebela atteste de la régression d'effectifs entre 1980 et 2004. Cette espèce est donc excessivement menacée et au premier chef, en raison de la destruction de son habitat naturel. Les effectifs sauvages dans des régions non perturbées sont en fort déclin. Les populations existantes vivent dans des habitats grandement modifiés par l'Homme. Les Magots sont régulièrement capturés pour être vendus (on estime à environ 300 bébés, arrachés aux bras de leur mère, au Maroc, chaque année) ou même tués. » [1]

Selon le professeur Mouna dans « le Moyen Atlas, 80% d'enfants recensés ont disparu entre l'été et l'automne 1994. Les populations sont très déséquilibrées avec un nombre de mâles plus important et leur densité est en baisse d'une année à l'autre. Ainsi, dans le Moyen Atlas qui abrite la plus grande population mondiale du singe Magot, cette densité est passée de 70 individus par km2 en 1970 à 40 individus seulement en 1974. En septembre 1995, la densité est tombée à 24 individus par km2 alors que celle des chèvres et des moutons a été respectivement d'environ 42 et 330 individus par km2. Si l'état actuel de baisse des populations de singes se maintient, le Magot disparaîtra du Moyen Atlas dans 60 ans. » [2]

Hélas les chiffres ci-dessus doivent être encore revus à la baisse en 2015. Maintenant il ne resterait plus que 5000 individus en liberté ! [3]

A Marrakech!

Il est outrancièrement exposé et exploité sur la Place Jemaa-el-Fna à Marrakech [4] où les singes sont contraints sous la menace du bâton à exécuter de consternantes pirouettes, parfois revêtus d'un accoutrement ridicule pour accentuer une caricature suggérée d'humanoïdes déchus...

Fautifs sont les badauds et un tourisme national et international, dont trop nombreux encore sont ceux qui payent les montreurs de singes. Fautive et responsable est la ville de Marrakech qui tolère. Fautifs et responsables sont les autorités compétentes, tous étages administratifs et politiques confondus qui ne combattent pas le phénomène et ses causes à tous les niveaux.

Car le Singe magot figure depuis 2000 sur la liste rouge des espèces menacées de l’Union mondiale pour la nature (UICN). Il est officiellement protégé par la Convention de Washington !

 

Notes:

[1] Sources Wikipedia ;Waters SS, Aksissou M, El Harrad A, Hobbelink M-E & Fa JE, 2007. Holding on in the Djebela: Barbary macaque Macaca sylvanus in northern Morocco. Oryx 41 : 106-108 ; Modolo L, Salzburger W & Martin RD, 2005. Phylogeography of Barbary macaques (Macaca sylvanus) and the origin of the Gibraltar colony. Proceedings of National Academy of Sciences of the United States of America 102 : 7392-7397.

[2] Mouna Mohamed, Le Singe magot : http://www.uicnmed.org/nabp/web/documents/awareness/60.pdf

[3]  http://www.bladi.net/singes-maroc-sorcellerie-touriste,41317.html

[4] Voir mon article:  Propositions d'alternatives...

ARTICLES + PÉTITION!

Spectacles de Marrakech: l'enfer du décor!

À Marrakech, la Place Jemaa-El-Fna doit une partie de sa renommée aux traditionnels charmeurs de serpents. L’imposture de leur talent ne serait que magie si elle n’induisait pas la maltraitance des cobras, des vipères heurtantes, des couleuvres de Montpellier et autres, aux fins de la perpétration d’un bien douteux spectacle moyenâgeux. La plupart de ces belles espèces sont soit menacées d’extinction en Afrique du Nord, soit sont en régression alarmante. Ceci contribue au consternant appauvrissement général des écosystèmes du Maroc.

 Les serpents sont sourds et n’entendent pas la musique. Les « charmeurs » ne charment donc que des badauds et des touristes maintenus dans l’ignorance des tenants et des aboutissants, notamment désinformés des mœurs réelles des ces remarquables espèces.

http://www.michel-aymerich.com/2013/09/11/spectacles-de-marrakech-l-enfer-du-d%C3%A9cor/

SIGNEZ LA PÉTITION!

"Cette pétition s'oppose aux pratiques qui n'ont plus lieu d’être: l'exploitation de serpents pour des fins "touristique", l'exploitation et trafic de singes, la vente et capture d'oiseaux et animaux dans un cadre non formel non contrôlé et non autorisé, la vente par les herboristes de peaux de carcasses d'animaux sauvages (et végétaux) menacés...Cette pétition est un appel aux autorités concernées pour qu'elles appliquent la loi en interdisant et en sanctionnant les contrevenants. Aussi nous lançons un appel à tous pour boycotter et dénoncer les "spectacles" et autres commerces qui exploitent des animaux vivants au Maroc. Avant qu'il ne soit trop tard, pour protéger notre patrimoine de biodiversité menacé."

https://secure.avaaz.org/fr/petition/Halte_au_trafic_illegal_despeces_protegees/

 

Parce que l'on n'a pas su cohabiter, le singe magot abdique. (Enquête du journal marocain L'Economiste)

« Les menaces qui pèsent sur ce singe s’amplifient. Elles varient en fonction de la région considérée, la pression humaine, le surpâturage, les conflits d’intérêts, et les effets du tourisme et la prédation. La dégradation et la perte des habitats, ainsi que le commerce illicite sont identifiés comme étant les principales causes du déclin de cette espèce. Pour Franck Fayçal Wyllinck, directeur de la Fomanef, «le surpâturage, un phénomène qui se manifeste par une inadéquation entre la densité du cheptel et la capacité de la zone à supporter le pâturage et le piétinement, est considéré comme une menace pour les populations du singe magot». Lire la suite!

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Commentaires : 1
  • #1

    Benechet (mercredi, 29 juillet 2015 22:48)

    Pour la protection des singes Magot menacés de disparition.