Capture d'un cobra au Maroc...

Moi même avec un Naja haje legionis que je viens de capturer et de calmer... ©Photo Gérard Vigo
Moi même avec un Naja haje legionis que je viens de capturer et de calmer... ©Photo Gérard Vigo

Les manipulations relatées dans l'article et illustrées par le diaporama et la vidéo réalisée en Chine démontrent que les Aïssaoua qui manipulent des cobras ne sont pas dotés d'attributs surnaturels ou n'utilisent pas des substances aux propriétés « magiques » !

Mais attention, ces manipulations ne sont (il va de soi) pas recommandées à tout un chacun. Il faut une longue expérience des serpents et des cobras en particulier...

Capture d'un cobra au Maroc et réflexions sur les cobras et les hommes!

Par Michel AYMERICH

Nous partons à la recherche d'un cobra. Nous sommes au printemps 2008. Les serpents doivent chercher à s'accoupler et donc s'aventurer plus qu'à d'autres périodes de l'année hors de leurs terriers. je suis toutefois sceptique quant à nos chances de succès. La pression anthropique, notamment sous la forme de captures par les Aïssaoua, est dévastatrice ! Mais la chance est au rendez-vous...

Je crie "Un cobra!"

Après une marche de quelques km, j'ai la chance de voir un cobra partir en direction d'une Euphorbe cactoïde. Je crie « un cobra ! » tout en me précipitant immédiatement vers lui. J'ai juste le temps de le saisir par la queue avant qu'il ne puisse s'enfoncer au milieu de la plante.

Les personnes qui m'accompagnent se rapprochent et photographient. Fascinées !

Je maintiens le cobra par la queue pendant que celui-ci tente de pénétrer plus profondément à l'intérieur de la plante. Mais je m'efforce de ne pas tirer le serpent sans ménagement. Cela pourrait le blesser. Tout en ne lui permettant pas, centimètre après centimètre, de se libérer en me forçant à lâcher prise.

J'entreprends d'un pied d'écarter autant que possible les tiges d'euphorbe entre lesquelles il s'est glissé de façon à petit à petit à le dégager en douceur.

Oh joie! Je réussis enfin à capturer le magnifique serpent.

Pour le calmer, je le recouvre de ma veste. Ainsi ne se sent-il pas totalement à découvert. Le temps qu'il découvre que je ne représente pas un grand danger pour lui. Puis je retire ma veste, de façon à ce chacun puisse mieux admirer ce serpent fascinant à plus d'un titre.

L'animal se retourne pour me faire face et m'indiquer, coiffe déployée, qu'il est un cobra! Et non pas un serpent comme un autre. Dardant sa langue, il m'évalue, m'analyse. Suis je pour lui un danger ?

Je lâche sa queue pour que tous puissent le photographier dans son biotope. Le serpent tente de s'enfuir... à reculons! Émerveillé, je le prends en photo... sous tous les angles. Je ne me lasse pas...

Je m'allonge même devant lui. Il ne manifeste pas la moindre agressivité, loin des légendes tant répandues par des langues ignorantes...

Puis je me décide à le caresser au bas du cou. Je sais que cela les calme. Peut-être cette réaction correspond-elle à un comportement de soumission face à d'autres cobras lors des duels entre mâles précédant l'accouplement avec une femelle. Ou bien serait-ce que ce comportement soit réservé aux femelles? Je ne le pense pas... Le serpent se laisse faire... Il semble être dans un état de catalepsie!

Je peux maintenant le saisir délicatement, le cobra reste passif. J'ai déjà vu faire cela. Je sais que c'est possible avec cette espèce, et puis j'ai déjà une certaine expérience de la manipulation des cobras du Maroc. Ils ne mordent pas la main qui les tient. Dans tous les cas, je ne serre jamais. Ma main est plus un support qu'une prise exerçant un effet d'étau.

Il est temps maintenant de lui rendre sa liberté et lui souhaiter longue vie. Je photographie sa fuite et lui souhaite devant tout le groupe de fuir les hommes. Nous étions, hélas, atypiques...

Fuis! Fuis cobra! Fuis les hommes! Vis ta vie, donne vie à d'autres cobras... est notre pensée partagée.

Les cobras n'attaquent pas, mais l'imprégnation culturelle des hommes détermine leur perception!

Chacun a pu constater que le mythique cobra, celui-là même appartenant à l'espèce qui donna la mort à Cléopâtre, ne cherchait pas à attaquer ! Son intention était avant tout défensive. Ce comportement que je connaissais chez les cobras du Maroc, j'eus l'occasion de l'observer également chez deux représentants de deux espèces de cobras présentes en Chine : le cobra chinois, Naja atra et le cobra Royal, Ophiophagus hannah. Le cobra chinois se montra moins nerveux et quelque peu plus accommodant que ne l'est en moyenne un cobra marocain. Quant au cobra Royal, il fit preuve d'une plus grande nervosité et manifesta un caractère clairement plus farouche que les deux autres espèces! A la différence des représentants des deux autres espèces, il se retournait pour faire face à chaque tentative de le capturer de nouveau après une tentative de fuite ! C'est un comportement que l'on peut très bien constater dans la vidéo que j'ai mise sur Youtube (voir le lien en bas de page) dans laquelle je photographie différents serpents de Chine, dont un jeune cobra royal...

Mon intention quant à la capture ici relatée du cobra au Maroc était de le photographier et de le faire photographier par les personnes qui m'accompagnaient. Il m'importait aussi de démontrer pratiquement ce dont la photographie témoignerait que les cobras ne sont pas les serpents diaboliques qui agressent le berger malchanceux, l'enfant innocent, le paysan laborieux ou le promeneur qui s'est aventuré hors de la civilisation. Ainsi de démonstration en démonstration, la connaissance du vrai comportement des cobras pourra l'emporter sur les mythes et préjugés. Peut-être enfin la conséquence pourra être l'adoption de mesures concrètes de protection au Maroc. Il est vrai qu'on en est encore loin et que ce qui est sur le papier ne trouve aucune correspondance dans la pratique. Le scandale de la Place Jemaa el Fna en est la démonstration la plus criante... Et cela vaut également pour les singes magots ! [1]

Mon groupe et moi avons souhaité à ce cobra (comme à tous les siens) d'avoir une longue vie et de ne pas tristement et scandaleusement finir capturé par un trafiquant de serpents (Aïssaoui). Il faut, en effet, savoir que les cobras sont vendus aux charlatans de la place Jemaa El Fna de Marrakech et des autres grandes places touristiques (Hôtels d'Agadir, par ex.) qui leur arrachent fréquemment les crochets ou leur enlèvent les glandes à venin [2].

Dans tous les cas, que ces serpents soient gravement mutilés ou non, ils meurent tous après quelques semaines ou au plus quelques mois dans l'indifférence complice, sinon dans un soulagement aux conséquences exterminatrices. Car au Maroc, dans l'immense majorité des cas, un bon cobra est un cobra mort ! Et cela vaut là-bas pour tous les serpents, monothéisme oblige ! Quoi que en Israël, patrie du monothéisme juif, d'après une de mes connaissances (un herpétologiste espagnol) les serpents sont protégés par la loi. Nombreux seraient les citoyens juifs à respecter cette loi. Il est vrai que ce pays est intellectuellement considérablement plus avancé que d'autres. Ceci explique cela. Mais en dehors de l'aire des monothéismes et de leurs rapports spécifiques à la nature en général et aux serpents en particulier, il existe d'autres aires...

Ainsi ai-je pu constater l'existence d'un tout autre rapport aux cobras comme aux serpents venimeux en Chine du Sud. J'ai eu l'occasion de relater mon expérience en la matière dans un autre article que j'invite à lire ou à relire [3].

Mais au Maroc n'ai je pas entendu maintes fois que les serpents venimeux - comme tous les autres animaux venimeux- devraient être systématiquement massacrés ? La raison en serait que le prophète des Musulmans aurait exigé que l'on tue tout animal venimeux, y compris sur sa tombe. Faudrait-il donc que selon cette injonction soient également tués les ornithorynques en Australie ? Et les bourdons ? Et les abeilles ? J'observe que dogmes religieux et écologie ne font généralement pas bon ménage. Prise à la lettre cette injonction est désastreuse !

Une démonstration par la photo...

La série de photos ici présentée dans ce diaporama illustre l'expérience relatée plus haut à l'occasion de l' expédition d'observations naturalistes au Maroc au printemps 2008 dans une région située à l'ouest de Guelmin. Elle présente la capture à mains nues du cobra du Maroc, une sous-espèce du Cobra d'Egypte, Naja haje legionis, lequel après avoir été photographié a été remis en liberté. Ensuite des photos montrent un autre cobra du Maroc provoqué par un mouvement de la tête qui l'amène à ouvrir une gueule menaçante, comportement qu'une couleuvre de Montpellier (voir ma photo dans le diaporama ci-dessous) adopte également!   Les autres photos ont été réalisées en Chine. Elles illustrent un comportement en partie similaire entre trois espèces de cobras. Les cobras n'attaquent pas. C'est simple, nous ne sommes pas des proies pour eux !

 

Notes:

[1] Le Singe magot ou Macaque de Barbarie. LIRE!

[2] Spectacles de Marrakech: l'enfer du décor! LIRE!

[3] Chinois et serpents... LIRE!

 A propos d'un article relatant une morsure avec envenimation à Marrakech (17/02/2016)

Photo de cobra photographié Place Jemaa el Fna et présentant une boursouflure à la partie supérieure de sa mâchoire, ceci correspondant à une sorte de chancre buccal consécutif soit à un arrachage de crochets soit à une ablation des glandes à venin!
Photo de cobra photographié Place Jemaa el Fna et présentant une boursouflure à la partie supérieure de sa mâchoire, ceci correspondant à une sorte de chancre buccal consécutif soit à un arrachage de crochets soit à une ablation des glandes à venin!

Attention, sur le site Ecologie.ma (un très bon site en général) une photo de cobra est utilisée et présentée comme étant réalisée par Michel Aymerich dans le cadre de l'illustration d'un article relatant le cas d'un "charmeur de serpents" qui aurait été gravement mordu par un cobra à Marrakech...


Je tiens à préciser que ne suis pas l'auteur de cette photo!!! J'ai demandé à ce que l'information erronée soit corrigée.
J'ai été assez victime de détournement de photos pour ne pas être sensible en général à cette pratique (victime comme certains de mes amis. Franck Chevalier, par ex., dont une photo de fennec a été détournée par un certain M.M. qui n'a pas hésité à se l'attribuer de manière passive, laissant les visiteurs de sa page FB le féliciter pour "sa" photo...). Ceci étant, dans le cas du site
Ecologie.ma, il est certainement question non d'un "détournement", mais tout simplement d'une erreur [1]. 


Par ailleurs, quelques remarques sur le contenu de l'article. Un cobra n'est D'AUCUNE FAÇON une vipère. Les cobras appartiennent à la famille des Elapidés, les vipères appartiennent quant à elles à la famille des Vipéridés. Donc DEUX FAMILLES DISTINCTES!

Autre chose, il est rapporté qu'un "charmeur" (il ne charme aucun serpent, mais des badauds crédules!!!) s'est fait mordre devant des touristes.


A t-on la preuve qu'il a été envenimé? Car morsure ne signifie pas envenimation. Il faudrait vérifier auprès du médecin chargé de son cas (si l'accident est avéré...) l'authenticité de la morsure. Auprès du médecin, pas d'un acolyte du "charmeur"...

J'ai été témoin en 1998 d'un "charmeur" qui avait fait croire qu'il avait été mordu. Ceci après que voyant une belle couleuvre dans sa boîte, j'avais sans crier garde plongé la main pour en retirer le serpent et l'examiner.

La couleuvre, surprise, m'avait mordu, me faisant légèrement saigner devant les yeux horrifiés des spectateurs présents.

Le charmeur de badauds avait immédiatement réagi, en me reprenant promptement le serpent des mains et en mimant une morsure dangereuse, dont il faisait croire qu'il venait d'être victime. Il suçait une blessure imaginaire et ce faisant me disait discrètement : "Cache ta morsure, tu casses mon travail. Si tu veux m'acheter des serpents, attends on en discute après..."[2]

Ainsi sont les illusionnistes et les "charmeurs" en font partie! Alors, si la morsure avec envenimation ne peut être totalement exclue, on ne peut non plus exclure une mise en scène. D'autant que j'ai informé largement de la pratique de l'arrachage des crochets (la presse internationale s'est emparée de l'information) et que je ne peux exclure qu'un illusionniste ait mimé une morsure après qu'un touriste lui ait exprimé ses doutes sur l'intégrité physique du cobra...

Si tel n'est pas le cas et que par exception un "charmeur" a réellement été envenimé, eh bien qu'on n'en tire pas la conclusion erronée que l'arrachage des crochets (ou ablation des glandes à venin) n'existe pas...

NOTE:

[1] Précision du jeudi 18/02/2016 (12:43): M. Oussama Abaouss, responsable du site Ecologie.ma, m'a écrit ceci: "L'erreur (il n'est en aucun cas question de détournement) a été corrigée." Ce à quoi, j'ai répondu: "Merci!!! Certes pas un détournement de ma photo, puisqu'elle appartient à un inconnu. J'ai écrit que "J'ai été assez victime moi-même [...] de détournement de photo pour ne pas être sensible à cette pratique". Donc pas dans ce cas. Il est vrai qu'en comparant les méthodes, j'ai implicitement laissé entendre qu'un détournement avait eu lieu, concernant une autre personne. J'aurais dû être plus précis. Mais je tenais à ne pas être associé à ce qui pouvait apparaître comme un détournement DE MA PART! J'aurais pu être accusé de m'être approprié une photo qui ne m'appartient pas..."  

[2] L'homme ne pouvait, semble-t-il, concevoir que je ne voulais pas acheter, mais me souciais qu'un si beau serpent puisse finir lamentablement sa vie dans ces spectacles moyenâgeux...

Par Michel AYMERICH

Diaporama illustrant l'article...

Voir également mon article: "Caresses" provoquant une sorte de catalepsie chez le cobra d'Egypte.

Les anciens hébreux semblaient connaître ce phénomène d'apparente catalepsie chez les cobras d’Égypte après qu'ils aient été caressés vigoureusement au niveau de la nuque. D'où alors la légende qui n'en serait plus vraiment une de la transformation d'un "bâton" en serpent par Moïse (et donc inversement...). Le "bâton" ne serait donc que la description sous forme de parabole de ce phénomène propre au cobra d’Égypte (Naja haje haje), dont la sous-espèce N. haje legionis presque entièrement noire à l'âge adulte est présente dans une partie du Maroc et au nord-est de l'Algérie. LIRE!

VIDÉO: Séances photos de serpents de Chine avec Michel Aymerich

Cobra chinois, cobra royal, bongare rayé, vipère des cent pas, couleuvre de Jade...  

Écrire commentaire

Commentaires : 8
  • #1

    Kveyflot (mardi, 05 mai 2015 11:02)

    Quelle passion . Cet homme est extrordinaire de tendresse pour "ses" serpents.
    Très beau documentaire et instructif. Merci

  • #2

    roussard (mardi, 05 mai 2015 22:07)

    Michel Aymerich fait la demonstration de l'impact de notre frayeur sur notre comportement : nous avons beaucoup a apprendre sur le monde animal et revoir notre façon de les approcher .Faire sentir au reptile que la capture est pacifiste est vraiment un exploit.Comment est ce possible ?a méditer.

  • #3

    Michel Aymerich (mardi, 19 mai 2015 00:16)

    Merci pour vos commentaires encourageants!

  • #4

    midolu (mardi, 02 juin 2015 10:46)

    Je viens de découvrir quelques photos sur FB.
    Compliments !

  • #5

    moh (mardi, 15 mars 2016 05:36)

    Y'a pas pire que les marocains , ils sont près a vendre père et mère pouf faire de l'argent et ceux que je haï LF plus ce sont ceux de la place jama3 al fna , même les chiens sont mieux que ce peuples dont le dirham est leur dieu .
    Mais uks payeront pour toutes leurs arnaques et mauvais traitement .
    Le pire c'est quand je voit cs pauvres reptiles congelé en hivers quand il fait froid le soir .
    Ces chiens de marochien ont décimée toutes la population de naja , bitis arietan , vipère a cornes ect....
    Sinon je te félicite pour ton travail Michel Aymerich .

  • #6

    jean-marc (lundi, 18 juillet 2016 17:39)

    bonjour
    en juin 2012 en revenant d'une partie de peche a quelques kilometres de l'oued assaka dans le sud maroc a proximité de sidi ifni et de fort bou jerif , mon epouse et moi meme sommes tombes nez a nez sur un cobra noir avec une tache jaune sur le poitrail . il mesurait environ 1.10m , 1.20m . il se trouvait au pied d'un arbustre et se reposait dans une petite flaque d'eau creee par une toute petite source qui coule a cet endroit . et ceci a cinquante metres de l'ocean . moi qui suis d'habitude pas tres a l'aise en presence de serpent , je dois dire que je n'ai pas ressenti d'agressivité de la part de ce cobra bien qu'il se soit quillé et gonflé sa tete . finalement ce majestueux serpent est parti . et nous aussi !!!
    cordialement
    jean-marc

  • #7

    Erminia Correia (mercredi, 01 février 2017 20:02)


    Excellent article. I certainly appreciate this site. Continue the good work!

  • #8

    Michel Aymerich (mercredi, 01 février 2017 21:29)

    Merci Erminia Correia pour votre encouragement!

    A Jean-Marc. J'avais oublié de vous répondre. Merci pour votre intéressant témoignage qui illustre ce que chacun devrait savoir.

    Bien cordialement,

    Michel