La Couleuvre de Montpellier occidentale (Malpolon monspessulanus monspessulanus)

Mâle de la sous espèce de la Couleuvre de Montpellier occidentale (Malpolon monspessulanus saharatlanticus) ©Michel Aymerich
Mâle de la sous espèce de la Couleuvre de Montpellier occidentale (Malpolon monspessulanus saharatlanticus) ©Michel Aymerich

La Couleuvre de Montpellier occidentale, Malpolon monspessulanus monspessulanus.

 

Noms usuels

Français: Couleuvre de Montpellier 

Anglais: Montpellier Snake

Allemand: Europaïsche Eidechsennatter 

Arabe d' Egypte: Hanech aswad.

 

 

C'est une grande couleuvre de fière allure. Les mâles dépassent parfois, bien que très rarement en France, les 2 m. Au Maroc, on trouve fréquemment des mâles de plus de 1,80 et les exemplaires de 2 m ne sont pas rares. J'en ai trouvé un de 2,05 m après El Aïoun du Drâa (voir photos...) et j'ai récupéré chez des Aïssaoua trois exemplaires qui dépassaient les 2m. Un spécimen de 2,17m a été mesuré dans ce pays. Le record dûment documenté est de 2,23m ! [1]

 

 Ce serpent présente un dimorphisme sexuel important. Les femelles, toujours plus petites et plus sveltes, présentent une coloration marbrée alternant des tâches de noir et de blanc parfois jaunâtre sur un fond marron clair de type acajou ou légèrement verdâtre. Les mâles sont d'un vert olive clair ou foncé avec une rangée latérale d'écailles noires et bleutées. Dans les régions sahariennes, la selle noire caractéristique des mâles, présente en arrière de leur cou, s'étend sur la presque totalité du corps. Nombreux alors sont les habitants qui la confondent avec un cobra, lequel est un serpent brun foncé, voire parfois presque noir.

 

Une couleuvre opistoglyphe

 

 Très rapide, la Couleuvre de Montpellier chasse généralement à vue. Elle est volontiers ophiophage [2], mais se nourrit également de lézards, d'oiseaux (voir photos...) et de petits mammifères. Les grands individus peuvent ingurgiter des mammifères de la taille de lapereaux. Opistoglyphe, c'est à dire possédant des crochets à venin situés à l'arrière de la mâchoire supérieure, elle peut tuer ses proies en les maintenant fermement dans sa gueule pendant quelques minutes, après les avoir enserré dans ces anneaux. Elle a alors tout le temps de mâchonner pour parvenir à planter ses crochets plus ou moins profondément. L'envenimation peut alors se faire. Les crochets sont pourvus d'un sillon par lequel le venin peut s'écouler...

 

 Cependant, du fait même de la position de ses crochets qu'il ne peut par ailleurs redresser fortement, ce serpent est inoffensif pour l'homme. Mes innombrables morsures en témoignent (voir dans le second diaporama une photo de traces de morsure, ainsi qu'une morsure filmée en direct [3]). Morsures qui auraient pu être évitées et que je comptabilise par centaines à l'occasion de nombreuses manipulations. Une seule avait provoqué une envenimation. Elle n’avait produit qu’un léger gonflement de la partie mordue, phénomène qui disparut au bout d’une ou deux heures. Cette envenimation avait été rendue possible parce que la morsure avait été particulièrement prolongée. Le serpent avait maintenu et avalé mon pouce pendant plusieurs minutes et je l'avais laissé faire... Chose impossible lors de morsures normales qui sont de l'ordre d'une seconde ou d'une fraction de seconde. Mais à l'époque, j'étais un enfant et ne savais que distinguer grossièrement entre couleuvres et vipères. Je ne savais pas qu'il existait en France une couleuvre opistoglyphe. J'avais donc laissé la couleuvre (c'était une femelle) avaler mon doigt ! Maintenant, lorsqu'une couleuvre de Montpellier ne se contente pas de mordre, mais de mâchonner dans l'intention de planter ses crochets (tentative très rare, il est vrai), je ne la laisse plus faire. Je la décroche en soulevant sa mâchoire supérieure par le bout du museau.


Reproduction

 

Selon Cornélius de Haan, « normalement, pour chaque « couple territorial », des accouplements longs, répétitifs et en toute douceur commencent début mai et s'arrêtent en juin, environ quinze jours avant la ponte. Celle-ci a lieu fin juin ou en juillet et, dépendant de la taille de la femelle, se compose de trois à quinze œufs de 20x40 à 25x55 cm et blancs si fécondés ».
Les couleuvreaux mesureront à leur naissance environ 25 à 35 cm. L'espérance de vie des mâles comme des femelles peut être de 20 ans. Mais certaines couleuvres vivent plus longtemps encore. Un mâle de 31 ans est toujours en vie (communication personnelle de CdH). Le mâle jeûne pendant les mois de mai et de juin et défend, escorte et assiste la femelle pendant la chasse. Le couple formé est fidèle, mais peut accueillir un ou plusieurs mâles vassaux ou encore dominer d'autres couples.

 

Les couleuvres de Montpellier des deux sexes possèdent une valve située dans leurs narines par lesquelles elles émettent une fine couche de sécrétion nasale spéciale (substance aqueuse et incolore), contenant des phéromones, lors du comportement dit d'auto-frottement qui consiste à s'enduire le ventre et la queue de cette sécrétion. Ceci leur permet par la suite, lors de leurs déplacements et de leurs rencontres avec des individus de leur espèce, un marquage chimique « automatique » du substrat et d'individus conspécifiques. (Voir ci-dessous l'article en format PDF : « Des comportements frotteur et marqueur, pour la chasse et la vie sociale chez la Couleuvre de Montpellier »).

 


Répartition

 

Contrairement à sa derivatio nominis, la Couleuvre de Montpellier, représentée par deux espèces, la Couleuvre de Montpellier occidentale, Malpolon monspessulanus et la Couleuvre de Montpellier orientale, Malpolon insignitus (ancienne sous-espèce élevée au rang d'espèce...) est répandue bien loin de la ville qui lui a donné son nom.

Originaire d'Afrique, elle est actuellement présente sur presque tout le pourtour de la Méditerranée.

 

L'espèce occidentale est présente du côté ouest de l'Afrique du Nord jusqu'à Gênes en passant par la Péninsule ibérique et le sud de la France. Elle parvient même sous la forme de la sous-espèce Malpolon monspessulanus saharatlanticus à pénétrer l'étage saharien en profondeur. Au Maroc, elle descend jusqu'à Dakhla (voir photos...).

 

L'espèce orientale (voir dernière photo dans le premier diaporama) quant à elle se trouve sur les Hauts-Plateaux marocains jusqu'en Iran, le delta de la Volga et le nord-ouest de la Croatie. Apparemment, aucune des deux espèces n'est parvenue à s'établir dans la Péninsule italienne.

 
Conservation

 

En France, cette espèce court la malchance de subir les préjugés moyenâgeux qui sévissent à l'égard des serpents et notamment à son encontre. Sur Internet, par ex., on peut trouver des affirmations qui ridiculisent leurs auteurs : la «vipère de Montpellier», comme la qualifie certains, serait «dangereuse» pour les chiens et même les chevaux (sic!), alors qu'en réalité il lui arrive d'être la victime des chiens et des chats. Elle est en outre fortement exposée à une circulation automobile abusive qui provoque de nombreuses victimes. De surcroît, la fermeture des milieux par la disparition progressive des milieux ouverts rétrécit et menace son habitat.

 
Au Maroc, elle est un des objets de convoitise préférés des montreurs de serpents, lesquels s’approvisionnent auprès des chasseurs spécialisés que sont les Aïssaoua et autres trafiquants qui vont jusqu’à entasser une soixantaine d’exemplaires dans une pièce où les plus grands spécimens n’ont plus comme recours pour survivre temporairement que le cannibalisme au détriment de leurs congénères plus petits. Une fois sur ce haut lieu du tourisme et de la mort programmée des serpents qu’est la Place Jemaa-El-Fna
de Marrakech (voir mon article: Spectacles de Marrakech : l'enfer du décor!), je remarquai qu’une couleuvre de Montpellier, laquelle avait été passée sans ménagement autour du cou d’une touriste italienne, vivait ses dernières heures. Surmontant mon indignation face à tant d'inconscience de la part de cette femme et de cruauté de la part du montreur de serpents, mais motivé par mon désir de lui expliquer que l’animal avec lequel elle s’était faite grandiosement photographiée était moribond, j'allai voir la touriste. Dans l'espoir de l’aider à comprendre qu’il ne fallait pas encourager ce genre de pratiques aussi antiécologiques qu'insensibles. A mon grand dépit, elle me rétorqua avec ce qui ne peut être qualifié autrement que d'incommensurable stupidité : « Mais c’est la vie ! » Heureusement, bien des personnes informées réagissent plus intelligemment...
 

Cette espèce, ainsi que les autres espèces de serpents du Maroc, devrait bénéficier d'aussi urgentes que rigoureuses mesures de protection, interdisant leur capture et leur commercialisation. Dans le sud de la France (pays où cette espèce est officiellement protégée), il faudrait édifier des barrières à des points cruciaux entre passage de la Couleuvre de Montpellier et trafic routier, et créer des «serpenducs» à l'exemple des crapauducs, de notoriété méritée. Ces canaux creusés sous la route permettraient le passage des serpents et autres espèces...

Notes:

 

[1] Philipe Geniez, Serpents d'Europe, d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient, p.232, Paris 2015.

[2] « Le terme vient du grec ancien ophis (οφίς) qui veut dire serpent et de phagein (φάγειν) qui signifie manger. » (Wikipédia)

[3] Sentinelle de la nature: le Maroc. Voir une morsure en direct à partir de 19 mn et 30 secondes dans ce documentaire!

 

 

Par Michel AYMERICH

Article en format PDF par Cornélius de Haan et Michel Aymerich: "Des comportements frotteur et marqueur, pour la chasse et la vie sociale"

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Des comportements frotteur et marqueur, pour la chasse et la vie sociale chez la Couleuvre de Montpellier
M Aymerich 2012 &CdH. Self-rub and other
Document Adobe Acrobat 2.5 MB

Couleuvres de Montpellier de France et du Maroc (Sahara)

Capture d'une couleuvre de Montpellier de 2,05 mètres  et manipulation de diverses couleuvres de Montpellier au Maroc...

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Commentaires : 1
  • #1

    Stéphane (jeudi, 06 août 2015 11:24)

    Merci pour cet article très instructif sur cette magnifique couleuvre que j'ai eut la chance, il me semble, d'observer avec toi dans son milieu naturel, non loin de Dakhla. Un beau souvenir...
    Merci pour ton travail rigoureux de vulgarisation et de prévention autour de la faune méridionale. Encore bravo!
    A bientôt