Esther Garvi, inoubliable...

 


Esther était de retour de Suède où elle avait passé deux mois. Alors qu'elle revenait par la route à Zinder au Niger, pays qu'elle habitait et où elle travaillait, le chauffeur de la voiture dans laquelle elle se trouvait a été contraint de faire une embardée qui a été fatale à Esther. C'était 18 km avant l'arrivée à Zinder. Il y avait 4 personnes et son chien dans la voiture. Elle fut la seule victime. Le chauffeur a dit qu'il n'avait pas eu d'autre choix que d'aller dans le fossé face à un camion roulant à toute vitesse ! C'était le mercredi soir 05 août. Esther n'avait que 34 ans...

 

Elle sera enterrée à Smögen en Suède, où sa mère est également enterrée. Esther était une Chrétienne fervente, emplie d'un amour inconditionnel qui jaillissait d'elle et éblouissait ceux qui la rencontraient. Y compris seulement sur Internet. Même auprès d'un Athée convaincu comme je le suis.


Sur sa dernière photo postée par elle sur sa page Facebook le lundi 03 août, elle apparaît dans un miroir. « Back on African soil after two months in Scandinavia! » (Retour sur la terre africaine après deux mois en Scandinavie !) écrit-elle. Mais ce voyage de retour fut tragiquement le dernier.

 

Sur le trajet, elle répond encore le même jour à un de ses amis africains :

« You can take the girl out of Africa but you can't take Africa out of the girl... » (Vous pouvez prendre la fille hors d'Afrique, mais vous ne pouvez pas prendre l'Afrique hors de la fille...)


Je lui avais écrit par Skype en janvier de cette année, lui conseillant la prudence après les attaques contre des Chrétiens au Niger.

 

« aymerich michel: Bonsoir Esther. J'espère que tu vas bien... SOIS PRUDENTE!

esther-garvi: Will do!

aymerich michel: Tout va bien?

esther-garvi: Avec moi, oui, je suis sur le vol air France..

aymerich michel: Bien!!! Tu vas où?

esther-garvi: Taïwan pour le mariage de ma sœur

aymerich michel: Bonne chance là-bas...

esther-garvi: C'étais déjà planifié depuis longtemps Merci! Je reviens dans deux semaines

aymerich michel: Après tu retournes sur Zinder?

esther-garvi: Oui »


Je n'avais pas su répondre à ce «oui » de confirmation... et le regrette. Je n'avais pas su répondre, parce que dans le fonds je le désapprouvais ce « oui », tout autant que je le comprenais. Sa vie n'était-elle pas là-bas ?


Depuis, très fréquemment je pensais qu'elle était vraiment en danger. Mais elle aimait les habitants du Niger, elle aimait aussi énormément les chiens, les chevaux, les animaux de manière plus générale, les grands espaces de là-bas qu'elle, la belle cavalière, la femme émancipée, parcourait à cheval. Elle œuvrait à travers la Eden Foundation [1] à planter des arbres, à scolariser des enfants...


Je ne la connaissais « que » par Skype, par LinkedIn, par mails, par ses photos sur Facebook et par son blog [2]. Elle me demandait parfois le nom de telle ou telle espèce animale, dont elle m'envoyait les photos. J'en avais postées quelques-unes sur le Site du GERES (Groupe d’Étude et de Recherches des Écologistes Sahariens) [3]. Elle était mon informatrice pour la partie du Sahara qu'elle habitait.


Une fois par Skype nous discutions de la peur en Afrique des serpents et autres reptiles. Geckos en Guinée, caméléons au Niger ! Esther m'avait expliqué que « Eden  les [les Nigériens] instruit que toute espèce a son utilité ». Elle m'avait également écrit que « si je sais qu'un certain serpent n'est pas venimeux, Eden peut le leur apprendre. »


Une fois, je lui avais parlé de ce fou qui m'avait harcelé à l'issue de mon accident au Sahara en novembre 2012 (morsure de vipère à cornes, puis traitement inapproprié dans le premier hôpital à Dakhla et AVC ischémique...), survenu lors d'une expédition que j'avais organisée et à laquelle il avait participé... Ce triste individu était allé dans sa volonté obsessionnelle de me nuire jusqu'à me diffamer par le moyen de la création d'au moins un faux profil Facebook, celui de la réécriture de ma biographie sur Wikipédia; la production sur Youtube d'une vidéo diffamatoire, etc.


Je lui avais demandé s'il lui avait écrit. Car j'avais été informé qu'il avait tenté de joindre mes contacts.

Elle m'avait rassuré. « Non, personne m'a parlé de toi. » Je lui avais répondu « Ok, merci, je continue mes recherches... Je fais l'objet d'un harcèlement systématique et tente de savoir qui est contacté... »


Elle m'avait écrit : « je te souhaite bonne chance!!! », puis Esther avait ajouté « Il a des types trop bizarre sur FB » 

Moi : « Oui, mais pas seulement sur FB. Je l'avais connu lors d'un voyage organisé au Sahara. Je suis en procès avec lui, mais je crois que c'est un malade... Voilà, excuse moi de te déranger avec cela... Bonne journée »

Elle : « wow ok, bonne chance! A bientôt! »


Une fois, je crois me souvenir qu'elle m'avait invité au Niger. Les mois, les années sont vite passées. Je n'ai pas su trouver le temps.


Et puis la situation internationale avec son terrorisme ne m'avait pas convaincu ces derniers temps de l'opportunité d'un tel voyage. Je pensais à elle. Une inquiétude sourde me tenaillait. Souvent et peut-être quelques secondes chaque jour, je m'inquiétais qu'elle ait pu retourner à Zinder après les attaques contre les Chrétiens. J'étais hanté par le sentiment qu'elle était en danger.


« Environ 300 chrétiens se trouvaient samedi sous protection militaire à Zinder, deuxième ville du Niger, où de violentes manifestations contre la caricature de Mahomet en Une de Charlie Hebdo ont fait vendredi 4 morts et 45 blessés, a-t-on appris de source sécuritaire.

[...]

« Environ 70 autres, une cinquantaine d'adultes et une vingtaine d'enfants, étaient par ailleurs retranchés dans une église évangélique, protégés par une centaine de gendarmes et de policiers, ont déclaré deux d'entre eux à l'AFP.


« Ceux-ci encerclent ce bâtiment qui, contrairement aux autres églises de Zinder, n'a pas été détruit car il est très proche d'une gendarmerie, ont indiqué ces témoins » pouvait-on lire dans le Figaro du 17 janvier 2015.


Il y eut ensuite les attaques répétées de Boko Haram au Niger, à la frontière avec le Nigéria. Jamais je n'aurais imaginé qu'un autre danger puisse mettre un terme à sa vie. En Afrique, hélas, les victimes de la route sont nombreuses. Elle en a été victime...


Rarement un décès m'a autant perturbé. En vérité aucun autre décès n'a eu sur moi un tel impact...

 

Alors que j'écris apparaît une fenêtre de Skype avec son nom. Comme lorsqu'elle était vivante... Quelqu'un d'autre se connecte à Internet avec son ordinateur.


Une semaine est déjà passée. Je n'ai appris son décès que vendredi dernier (07 août), deux jours après sa mort. Je ne pouvais l'admettre. C'était comme si ma crainte quotidienne qu'il pouvait lui arriver quelque-chose neutralisait le danger. Ce dernier existait, mais pensé il me semblait rester au stade imaginaire. Mes craintes ne pouvaient être confirmées. J'ai parcouru les messages sur sa page Facebook. Et j'ai dû me rendre à l'évidence insupportable. Pas de fausse nouvelle. L'impensable de sa mort était une réalité. Insoutenable, inacceptable, révoltante.


Effet papillon... J'ai récapitulé les quelques années depuis que je la connaissais à travers Internet. Et j'ai tenté d'imaginer que j'aurais pu provoquer un « effet papillon ».

 

Vous savez, cette théorie avançant l'idée qu'un seul battement d'ailes de papillon pourrait avoir des conséquences incalculables. J'ai imaginé que peut-être que si je lui avais écrit plus souvent, ou au bon moment ou encore en me rendant au Niger le bon mois, la bonne année, j'aurais pu provoquer un effet qui ferait qu'elle serait toujours en vie. Un effet papillon...

 

Elle aurait dû vivre et longtemps, et atteindre un âge avancé. Mieux, avec les avancées fulgurantes de la science, elle aurait pu et aurait dû vivre longtemps, très longtemps, plus longtemps qu'on est habitué à l'imaginer...


Inconsolable mort d'un être d'exception. Esther était une femme magnifique, toujours souriante, animée d'une extraordinaire positivité.  


Beaucoup de gens pleurent, elle était certainement comme ces photos la révèlent, extraordinairement rayonnante d'amour et d'empathie...


Notes:





Par Michel Aymerich 

Photos d'Esther et son inoubliable sourire...

Dernières photos d'Esther et autres...

Message de son père Arne Victor Garvi

The funeral service for our beloved Esther will be held in the Smögen Mission Convenant Church on Wednesday, September 2nd at 1 p.m.
We the Garvi family welcome all who wish to attend. A memorial gathering will be held at the church following the interment.
Any donations in Esther's memory can be made to Eden Foundation, as Esther would have wished:
http://www.eden-foundation.org/support_donation.html

Adieu mon amie!

Écrire commentaire

Commentaires : 3
  • #1

    Paul Valérie (vendredi, 14 août 2015 13:08)

    Ma seule consolation c'est d'avoir passer du temps avec elle a Zinder, à cheval, à l'orphelinat. Et d'avoir eu la chance qu'elle vienne chez moi, en France. Si j'avais su je ne l'aurais pas amené à l'aéroport pour rentrer au Niger . Mais elle était tellement contente; elle devait revenir en octobre à la maison. Je n'ai pas les mots mais c'est ca; sa mort est insoutenable ; inacceptable; révoltante et son sourire inoubliable

  • #2

    Michel Aymerich (vendredi, 14 août 2015 15:38)

    J'avoue que bien qu'ayant écrit cet article et pleinement conscient, je ne peux me résoudre à accepter cette mort. Pas la sienne! Pas une femme comme elle! Pas un être à ce point doté d'empathie, d'altruisme, rayonnant de façon inégalée... J'arrête!

  • #3

    RICHARD (dimanche, 16 août 2015 14:11)

    Je ne connaissais pas Esther mais à travers le bel hommage écrit par Mr Aymerich on y découvre une femme avec un coeur "gros comme ça" envers l'humain, la nature et ses animaux. Comme cela semble injuste et comme elle va manquer à sa famille, ses amis et ses chiens vont se languir d'elle. Quelle tristesse infinie pour ceux qui l'aimaient.
    Qu'elle repose en paix