ven.

02

janv.

2015

Quelques réflexions attenantes au nouveau Jardin zoologique de Rabat...

Diaporama présentant un choix d'espèces du Jardin zoologique de Rabat...

Quelques réflexions attenantes au nouveau Jardin zoologique de Rabat...

Visite du nouveau Jardin zoologique de Rabat

Pour la deuxième fois en une année, invités, mon ami Nicolas et moi-même, par le directeur technique, le Dr Abderrahim Essalhi, j'ai visité le nouveau Jardin zoologique de Rabat. Celui-ci a remplacé l'ancien zoo de Temara où les animaux étaient dans l'ensemble mal lotis. Il donne corps à un tout nouveau concept au Maroc.

A bien des égards, le jardin zoologique est bel et bien devenu un vaste parc, très propre et bien entretenu, où bon nombre de pensionnaires habitent de grands enclos. Les gazelles dorcas et dama mohr, par exemple, peuvent courir et choisir de rester à distance des visiteurs.

Les animaux disposent clairement de plus d'espace qu'auparavant. Il est à l'évidence très différent d'un triste zoo comme celui de Casablanca, particulièrement lamentable et frappé de décrépitude. Le jardin zoologique de Rabat a reçu en 2014 le certificat d'excellence «Trip Advisor», qui récompense la régularité et la qualité des services prodigués aux visiteurs. Bien qu'il s'agisse d'un site américain de référencement et de notation des services et des établissements touristiques et non d'un jugement porté par des éthologues ou des zoologues, ce certificat témoigne de l'existence d'une qualité nouvelle, bien éloignée de ce qui peut se passer ailleurs au Maroc et plus généralement en Afrique. « Il existe cependant quelques établissements intéressants, comme les Zoos d'Alger (Algérie) ou de Pretoria et de Johannesburg (Afrique du Sud). Depuis sa reconstruction en 2008-2011, imposée par un état général assez dégradé de l'ancien Zoo de Témara, le nouveau Zoo de Rabat au Maroc, ouvert le 14 janvier 2012, doit aussi être mentionné, car d'une part, il est neuf et va encore être agrandi, il a des montagnes artificielles, des habitats reconstitués et est très beau » peut-on lire sur Wikipédia...

Contester à tout prix, comme on peut parfois le lire, que le progrès existe ou puisse exister (tout est perfectible) en matière de maintien d'animaux sauvages en captivité me paraît desservir les animaux concernés. Cela revient dans le fonds à tout renvoyer dos à dos et ne pas encourager l'amélioration des conditions de vie dans les zoos et parcs animaliers ou leur transfert, là où les animaux ont de meilleures perspectives.

Concrètement, cette posture signifie qu'il importe peu que les lions soient au zoo de Casablanca ou au nouveau Jardin zoologique de Rabat, puisqu'ils sont dans les deux cas maintenus en détention. Or la différence est manifeste.

Certes, les besoins des espèces sont différents. Certaines sont objectivement plus exigeantes que d'autres. Et là se trouve l'un des plus grands défis posé aux responsables de structures modernes comme celle de Rabat. Les échanges internationaux de savoir faire sont certainement un moyen de faire toujours mieux. Mais n'est-ce pas là l'un des problèmes que le nouveau jardin zoologique s'est attelé à résoudre ?

Le plus grand groupe existant de lions de l'Atlas!

Mais il y a autre chose et ce ne peut être balayé d'un revers de main. Prenons l'exemple des lions de Rabat. Ce sont des lions de l'Atlas, une sous-espèce exterminée dans la nature, laquelle peuplait l'Afrique du Nord. Le dernier représentant sauvage fut vraisemblablement abattu en 1942 à Taddert sur le versant nord du Tizi n'Tichka (« col des pâturages » en tamazight) dans le Haut Atlas marocain. Elle n'a donc d'existence qu'en captivité et grâce à celle-ci. Il ne resterait que quatre-vingt-dix lions de l’Atlas dans le monde, répartis dans divers zoos ou parcs. Le plus grand groupe (trente-cinq) se trouve au Jardin zoologique de Rabat. Ceci souligne l' importance de ce dernier. Que les lions présents à Rabat, comme au Port Lympne Wild Animal Park au Royaume-Uni ou encore au Parc zoologique de Montpellier, puissent ne pas être de purs représentants de cette sous-espèce ne fait que souligner l'importance d'un programme d'élevage et de sélection des spécimens les plus proches génétiquement de la sous-espèce à des fins de reconstitution génétique du lion de l'Atlas.

Sa réintroduction était, par ailleurs, prévue, mais  « face au refus catégorique des populations, inquiètes pour leur bétail et pour elles-mêmes, le programme a une nouvelle fois été abandonné. » [1]

Un jour - il faut œuvrer au Maroc et internationalement pour cela - une réintroduction dans la nature pourra être de nouveau envisagée...

Les hyènes rayées...

J'ai vu au Jardin zoologique un couple de hyènes rayées. Voilà une espèce que je désirais depuis longtemps voir dans la nature et que je désire toujours fortement aller rencontrer et photographier dans son milieu naturel [2]. Or celle-ci a totalement été éradiquée au Sahara atlantique, l'ex-Sahara dit espagnol, région que je parcours depuis des années. Il en existe toutefois encore quelques rares individus le long du djebel Ouarkziz, situé près d'une portion du Drâa, au nord du Sahara, ainsi que çà et là au sud de Tiznit (communication personnelle d'un enseignant à la retraite), dans le Moyen Atlas et dans l'Oriental (communication personnelle d'un agent des Eaux & Forêts du Maroc).

La Hyène rayée s'est considérablement raréfiée. Elle a été victime d'empoisonnements et de la vindicte des ruraux. Ainsi que des militaires qui colportent au bout du canon de leurs armes les préjugés [3]. Et surtout, elle paye un lourd tribut aux besoins en sorcellerie. Le prix d'un cadavre de hyène n'a cessé d'augmenter. Il pourrait dépasser les 150.000 DH (15.000 Euros) et quelques grammes de leur cervelle sont vendus à partir de 500 DH ! [4] Au Maroc, on attribue couramment à la composition de son cerveau des propriétés chimiques aussi inimaginables à un esprit rationnel qu'elles sont imaginables aux esprits imprégnés de croyances plus irrationnelles les unes que les autres. L'absorption d'un peu du cerveau de cet animal conduirait à un esclavage psychologique et physique du consommateur !

La présence de ce couple de hyènes rayées au Jardin zoologique pourrait conduire à des naissances. Je ne peux qu'espérer et encourager les Marocains à participer à un programme d'élevage et de reproduction à des fins de réintroduction de cette espèce, là où elle a disparu, et de renforcement des populations menacées à terme de disparition.

Nous devons opérer une révolution mentale...

Concernant la question de la captivité ou plus précisément celle de l'élevage d'animaux sauvages dans des conditions de maintien reproduisant autant que faire ce peut celles de la vie sauvage, il y a et il y aura toujours des progrès à faire. Et ils doivent être faits. Mais l'idéal, ce ne peut être que la réintroduction dans la nature...

Les chimpanzés présents ont vu leur qualité de vie être considérablement améliorée. Du moins, cette observation se rapporte-t-elle au deux qui sont visibles. Je me souviens de ces chimpanzés de l'ancien zoo de Rabat enfermés derrière des barreaux dans des cages. Aujourd'hui, ils disposent de substantiellement plus d'espace dans un grand enclos. Mais ne pourraient-ils pas être inclus dans un programme de remise en liberté et rejoindre enfin ceux de leurs congénères qui en ont déjà bénéficié ? Il faut voir ce documentaire montrant un chimpanzé saluant une dernière fois trois personnes, dont Jane Goodall enlacée dans un geste d'adieu, avant de s'enfoncer dans la forêt rejoindre d'autres chimpanzés. 

Je pense que ces primates sont à bien des égards des représentants d'une autre humanité, à l'évolution différente de la nôtre, restée plus « primitive » du point de vue cognitif, mais qui ressentent leur état de captifs avec une frustration ouvertement exprimée. Ils nous regardent autant que nous le faisons, recherchant moins la communication que nous défiant dans ce rapport de forces inégal que nous leur avons imposé.

Je ne suis pas un fan de la présence d'animaux sauvages hors des espaces naturels et des écosystèmes, dont ils sont parties constituantes. Pour autant je ne suis pas partisan du tout ou rien. En l'état réel des choses, je reconnais l'utilité de certaines structures gérées par des hommes et pouvant faire office de réservoirs génétiques. C'est un moindre mal. Ils servent ou pourront servir demain ou après-demain à réintroduire des espèces ou à renforcer des populations sauvages données par l'apport d'individus issus d'élevages. Toutefois, l'élevage d'animaux doit se rapprocher de conditions de maintien reproduisant autant que faire ce peut celles de la vie sauvage. C'est une question de moyens matériels, mais aussi et surtout de volonté.

La principale fonction pédagogique de leur raison d'être devrait être que les animaux ne soient là que transitoirement, faute de mieux, et que les hommes à tous les niveaux, visiteurs inclus, soient là pour leur bien-être relatif dans les conditions de la captivité et la pérennité de leur espèce. Il s'agit de l'expliquer en toute clarté et de le rappeler aux visiteurs. Ces derniers doivent commencer à intégrer mentalement cette approche afin de cesser de considérer que les animaux présents sont là afin principalement d'être vus par les enfants et leurs parents. Les visiteurs doivent apprendre à penser que les pensionnaires ne doivent pas être d'abord présentés au public. Les animaux doivent prioritairement jouir des meilleures conditions d'existence. Pour ce faire, si pouvoir se cacher est indispensable à leur qualité de vie, alors les pensionnaires ne doivent pouvoir être vus qu'après une longue attente, voire par l'effet d'un coup de chance.

Nous devons tous, nous animaux humains, opérer une révolution mentale. Nous devons dorénavant penser que nous sommes là pour les animaux non humains et non plus eux pour nous. Pendant trop longtemps, la majorité de l'humanité [5] n'a su qu'exploiter et piller sans vergogne la nature et la vider de ses habitants. Ces temps-là qui nous ont précédé depuis au moins la révolution néolithique, excepté partiellement chez les peuples de chasseurs-cueilleurs, doivent être conceptuellement derrière nous. Tous les peuples constituant l'espèce humaine ont fortement à gagner à la mise en place d'un renversement de perspective consistant à nous transformer de barbares pillards en gestionnaires généreux de la faune sauvage mus par un abandon salvateur de l’anthropocentrisme.

Par Michel AYMERICH

NOTES:

[1] Stéphanie JACOB, « Le retour du lion de l’Atlas? » L'économiste, Édition N° 4087 du 2013/08/02.

[2] J'ai eu une fois la chance de photographier des traces dans le bas Drâa... J'aimerais aller les photographier en Israël où les chances d'en voir sont bien moins aléatoires. Deux de mes amis, un Espagnol qui s'est rendu là-bas faire des photos de reptiles et un citoyen israélien ont vu des hyènes rayées, chacun séparément de l'autre et à des périodes différentes, sans avoir chercher à les rencontrer ! Dans ce pays, elles sont protégées, les lois de protection effectivement appliquées et surtout respectées. Trois conditions indispensables à leur survie...

[3] Un ami français résidant à Dakhla m'a raconté comment un officier des FAR lui avait rapporté avoir été partie prenante de ce qui suit: une hyène rayée capturée, enfermée dans une cage, avait été brûlée vivante ! Il avait, donc, participé à l'éradication d'une des dernières hyènes de la région...

[4] Noura Mounib, « Sorcellerie Escroquerie à la cervelle de l’'hyène », L'observateur du Maroc le 08 - 03 – 2010.

[5] Voir mon article « L'humanité, ce sont également les peuples de chasseurs-cueilleurs... »

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